ART DOSE : Un voyage à travers les couleurs d’Emilie Moysson

Portrait de l'artiste Emilie Moysson

Diplômée de l’École des Gobelins à Paris, Émilie Moysson perfectionne depuis plus de vingt ans son art de la lumière et du portrait. Collaborant avec des figures telles que Spike Lee, Marjane Satrapi, John Malkovich ou Mathieu Kassovitz, elle développe en parallèle une recherche artistique sensible, mêlant mise en scène, photographie argentique et expérimentations lumineuses.

Sa pratique repose sur la quête du moment merveilleux dans la réalité, cet instant où la lumière, le cadre et le geste se conjuguent pour créer une émotion rare. Émilie Moysson travaille sans retouche numérique, privilégiant la superposition d’images, la peinture ou la matière directement lors de la prise de vue.

À travers ses séries, elle invite le spectateur à décrocher du réel et à pénétrer une dimension poétique et bienveillante, un refuge où le rêve, l’enchantement et la beauté se rencontrent.

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Comment abordez-vous vos projets ? Prenez-vous le temps de les concevoir longuement avant de réaliser un shooting rapide, ou au contraire, laissez-vous la série évoluer progressivement dans le temps ?

La conception est essentielle, L’idée, l’histoire, le pourquoi, ce que raconte chaque série, c’est ce qui différencie l’art de la décoration.

Les prises de vue commencent pendant cette phase de réflexion, ce sont des « tests », des premières photos pour concrétiser ces visions, ces prises de vue évolueront jusqu’au moment où elles deviennent aussi fortes que ce que j’ai en tête,

Il y a donc la première, celle qui raconte exactement ce que je veux dire. Ce moment est une délivrance, c’est une phase de création extrêmement plaisante. A partir de ce moment là, chaque nouvelle image racontera une partie de l’histoire,

C’est le moment du sourire aux lèvres, de la composition, au déclenchement, jusqu’au moment du choix des surimpressions et la révélation de l’image finale.

Quels artistes, d’hier ou d’aujourd’hui, vous inspirent particulièrement ?

Guy bourdin, Francesca woodman, Steven Meisel, Salgado, Sarah Moon entre autres ou des réalisateurs aussi comme Wes Anderson qui crée des images en mouvement comme des tableaux.

Quel lien entretenez-vous avec le genre de la nature morte ? Qu’est-ce qui vous attire dans ce type de composition ?

Le lien que j’ai avec la nature morte est le rapport au temps, en effet cette impression d’être constamment « pressée », aux 2 sens du terme !

Je retrouve ce véritable bonheur de se poser, de réfléchir, d’essayer, de bien choisir ses objets, de les peindre, de les installer, de les déplacer… Cette « respiration », au sens anima, le souffle de l’âme, est l’essence même de tout mon travail personnel.

Quand je travaille avec une fleur, un légume, une pierre, ce sont des modèles qui ne m’imposent pas leur rythme, ou alors celui de la lenteur, comme une ballade au bord de l’océan, ou une sieste au soleil, et c’est ce « voyage » là que je propose aux lecteurs de mes images.

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À propos de la série Sunny Afternoon

Quelle technique photographique avez-vous utilisée pour cette dernière série ?

Ce sont des morceaux de légumes, des pierres, des fleurs, divers objets du quotidien qui sont parfois découpés et peints, en doré, en rose, en turquoise, de ces images je crée des surimpressions. Les formes se chevauchent, les couleurs se mélangent. Aucune retouche n’est faite, seuls les contrastes sont renforcés.

La technique est reprise de ma série Dis-moi la Fleur? série qui me tient particulièrement à cœur puisque réalisée pendant et pour supporter un long parcours pour avoir mon petit garçon. Photo de résilience donc, analogie de la création et de la naissance, la fusion de deux êtres qui en créent un troisième. L’idée est qu’à partir de plusieurs entités simples on peut en créer une nouvelle, encore plus merveilleuse, une extra-ordinaire.

La couleur occupe toujours une place essentielle dans votre travail. Comment choisissez-vous votre palette ?

Oui la couleur est effectivement très importante, essentielle même, sorte de colorthérapie pour apaiser le corps et l’esprit. Encore une fois mon travail est sur le voyage, sur l’invitation à plonger dans la forme, pour décrocher, pour transformer son sol, pour que le voyage soit réconfortant il doit être lumineux et coloré.

Des images magiques qui permettent de boire un bout d’arc en ciel ou se rafraîchir sur des bonbons glaçons.

Sunny Afternoon, photographie

Pouvez-vous me raconter la genèse de Sunny Afternoon ? Comment cette série est-elle née ?

Très perturbée par le contexte mondial, un climat extrêmement anxiogène pour une hypersensible comme moi, donc plus que jamais un besoin de s’échapper de la torpeur environnante, de la violence du monde. Tout mon travail est sur la recherche de cette quatrième dimension du refuge.

Créer cet arrière monde enveloppant de chaleur, de lumière, de couleur.

En sautant dans cet espace de lumière, le lecteur est protégé, à l’abri des fous.

On y retrouve des éléments naturels – feuilles, légumes, pierres, et même des glaçons dans leurs bacs en plastique. Comment vous est venue l’idée d’associer tous ces éléments ? Y voyez-vous une dimension symbolique, ou s’agit-il avant tout d’une recherche esthétique et poétique ?

Le choix des éléments est essentiel pour créer cette proposition. Les objets devaient être très proches, autour de soi, faire partie de son quotidien, puisque l’idée du voyage doit pouvoir se faire sans toutes les exigences d’un « vrai » départ, à savoir bloquer du temps, de l’argent, créer de la pollution etc. Ici le décollage est immédiat, pas de préparation, la durée est de quelques minutes le temps de planer sur cette zone dorée, de plonger dans cette matière verte, d’effleurer cette pointe orange ou de nager dans cet aplat rouge.

Le quotidien devient art. Le réel devient abstrait.

Avec vos récents travaux, vous semblez vous rapprocher de la photographie abstraite. Est-ce une direction que vous souhaitez explorer davantage ?

Oui absolument, déjà un besoin de se rapprocher de la nature et d’éléments simples du quotidien, objets que l’on croise tous les jours et qui, légèrement pimpés, deviennent extra-ordinaires. Ici effectivement le réel devient abstrait, encore une fois des formes, encore une fois des couleurs comme des bonbons ou des arcs en ciel, on a envie de s’y installer pour boire un cocktail ou juste se recharger quelques instants.

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Pour conclure

Avez-vous une œuvre qui vous est particulièrement chère ?

Dans cette série c’est la fameuse « première » photo, la maman de la série ; les tranches de pommes peintes en rose et en turquoise, sur fond rouge.

Sunny Afternoon, photographie

Quels sont vos projets à venir : expositions, collaborations ou nouvelles séries ?

Je ne suis pas allée au bout de cette série donc je vais la continuer encore un peu.

Parallèlement je voudrais commencer une série de portraits de famille dans laquelle les corps se mêlent, un amour fusionnel, avec des couleurs bien sûr! Toujours cette idée d’union, de mélange, de fusion et d’amour filiale incommensurable.

Cela fait longtemps aussi que je voudrais faire quelque chose avec des poissons, toujours avec la peinture, les surimpressions, les couleurs…mais le temps…

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Pour découvrir davantage le travail d’Emilie Moysson et suivre son actualité, rendez-vous sur son compte instagram : @emiliemoysson

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